Brooklyn, l'autre visage de New-York
28.06.11
&Laquo;Non, non, il ne vous faudra ni passeport ni vaccinations. » Il y a un quart de siècle, c'était encore une plaisanterie classique parmi les habitants de Brooklyn, lorsqu'ils voulaient convaincre leurs amis de Manhattan de leur rendre visite plutôt que de toujours les inviter chez eux. Une sombre époque pour un New York en pleine déchéance... Dans la foulée de la désindustrialisation massive de l'après-guerre, Brooklyn avait vu se dépeupler ses rues et ses maisons, frappé de plein fouet par le chômage et le crime qui n'épargnaient aucune zone de la métropole. Les touristes aussi fuyaient le district, effrayés par l'image qu'en avaient donné la littérature - et notamment Last Exit to Brooklyn (1964) d'Hubert Selby - ou le cinéma, avec par exemple The French Connection (1971)... Et même les prouesses de John Travolta sur la piste de danse dans Saturday Night Fever (1977) ne parvenaient pas complètement à faire oublier, en toile de fond, l'horizon bouché d'une vie à Brooklyn. Mais Borough Hall, c'est aussi le c£ur de Brooklyn Heights, un quartier dont l'histoire - qui commence au début du XVIIe siècle, lorsque les colons refoulent la population indienne de ses terres pour y créer de vastes fermes - fait figure de classique du genre. Sur l'autre rive, New York grandit à vue d'£il ; à l'aube du XIXe siècle, les grands propriétaires terriens décident de démembrer leurs exploitations pour en faire des terrains à bâtir, que les publicités de l'époque vantent aux travailleurs de Manhattan comme un endroit idéal et tout proche pour une maison de campagne. Le pont de Brooklyn Bridge n'existe certes pas encore, mais une foule de bacs - d'abord à voile, plus tard à vapeur - assurent la liaison entre les deux rives. Sur le plan architectural, Brooklyn Heights se profile très vite comme l'une des entités les plus variées du pays. L'inauguration du métro, en 1908, met toutefois un terme à l'isolement du quartier et décide nombre de riches bourgeois à quitter leurs villas, qui seront converties en immeubles de rapport ou en hôtels bon marché. Vers 1940-1950, d'aucuns n'hésitent pas à qualifier Brooklyn Heights de « slum », de bidonville. Pour comble de malheur, une partie doit être rasée pour faire place à une voie rapide... mais grâce à la détermination d'un petit groupe d'habitants, bien décidés à préserver le reste de leur quartier, celui-ci est classé district historique en 1965. Une première pour New York ! C'est le début de la renaissance pour Brooklyn Heights, aujourd'hui devenu l'une des zones les plus chères du district. Brooklyn Promenade offre sur Manhattan une vue à couper le souffle, à toute heure du jour ou de la nuit, et ses paisibles rues latérales bordées de brownstones, les maisons en grès rouge typiques, ont vu vivre et travailler plusieurs écrivains : Norman Mailer, Walt Whitman, Thomas Wolfe... Quant à Arthur Miller, il a vécu avec Marilyn Monroe à Grace Court puis à Willow Street, où le couple avait pour voisin Truman Capote. Brooklyn attire manifestement les belles plumes, et aujourd'hui encore, c'est là qu'ont choisi de s'installer des auteurs contemporains tels que Paul Auster, Jonathan Lethem, Jhumpa Lahiri et Donald Antrim. Les beaux week-ends d'été sont l'occasion rêvée pour une promenade jusqu'au quartier russe de Brighton Beach en empruntant le boardwalk, le chemin en planches qui longe la côte. C'est indéniablement l'une des scènes urbaines les plus hautes en couleur de New York, et elle ne coûte rien ! À mi-chemin est installé le très populaire New York Aquarium... Et parlant de poissons, la pêche à la ligne est un sport très en vogue à Brooklyn, auquel les amateurs s'adonnent en mer, sur leur bateau personnel ou de location. Ils partent généralement de Manhattan Beach, Sheepshead Bay ou Gerritsen Beach, trois quartiers fascinants à l'atmosphère internationale new-yorkaise caractéristique, accessibles en bus ou en métro. Mais Brooklyn réserve encore une dernière surprise aux amoureux de la nature : les dizaines de kilomètres de plages et de marais de la Gateway National Recreation Area, aire de repos de première importance pour de nombreux oiseaux migrateurs... Les urbanistes d'aujourd'hui, plus sages que ceux d'hier, regrettent d'ailleurs amèrement que leurs prédécesseurs n'aient pas hésité à ouvrir à deux pas d'ici l'actuel aéroport international JFK. Les personnes étrangères à New York s'imaginent parfois que Central Park est son seul poumon vert. Or rien n'est moins vrai : la ville compte en réalité plus d'un millier d'espaces verts de toutes tailles. Parmi les plus grands, Prospect Park, à Brooklyn, est l'£uvre du même duo que Central Park, Olmsted et Vaux... qui trouvaient d'ailleurs leur chef-d'£uvre brooklynien mieux réussi que son illustre homologue de Manhattan. Et, s'il n'est sans doute pas aussi bien entretenu, il n'y fait certes pas moins bon jouir de la verdure et du spectacle d'un public bariolé ! Au nord du parc, deux autres attractions qui font la fierté de Brooklyn : son musée récemment rénové et son jardin botanique. Et pour terminer en beauté, pourquoi ne pas flâner un moment dans les agréables rues de Prospect Park et Park Slope, deux quartiers classés du XIXe siècle qui fourmillent de restaurants et de cafés ? Brooklyn est un paradis pour les amateurs d'architecture, avec ses dizaines de quartiers historiques classés, ses centaines d'églises et ses complexes industriels de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, dont bon nombre ont aujourd'hui trouvé une destination nouvelle... Sans oublier cet autre héritage du XIXe siècle qu'est le cimetière de Green-Wood, le plus célèbre de New York, où se dresse la dernière demeure parfois particulièrement fantasque de quelque 600 000 défunts. C'est dans cet écrin de verdure que reposent, entourées de collines, d'étangs et de vastes pelouses, des célébrités tels l'artiste Jean-Michel Basquiat, le compositeur Leonard Bernstein ou encore le fabricant de pianos Henry Steinway. Au XIXe siècle, le cimetière était l'un des endroits les plus populaires de la ville... et si on en croit son exubérant bourgmestre Marty Markowitz, bientôt, c'est Brooklyn tout entier qui deviendra l'attraction-phare de New York !
Source: LeVifWeekend.be